En Gondole

By Armand Renaud

Written 1895-01-01 - 1895-01-01

LES miroirs de Murano

Sont d'une eau

Dont la clarté peu commune

Est prise aux rayons de lune,

Aux feux de pur diamant

Que jette l'œil d'un amant,

Un soir de bonne fortune.

Qu'une dame aux cheveux longs.

Roux ou blonds,

Sortant du bain, nue, exquise,

Devant ce miroir soit mise.

Plus pur apparaît son corps,

Dévoilant ses chauds accords

Où la palette s'épuise.

Mais ces miroirs ne sont rien

Près du tien.

Reine des flots, qui dans l'onde

Penches la couronne blonde

De tes marbres ouvragés,

De tes portiques légers

Où ton passé vagabonde.

Dans la gondole au flanc noir,

Allons voir,

Couchés comme dans la tombe.

L'essaim de blancheur qui tombe

Pour se mirer dans les eaux.

Tous les amoureux oiseaux,

Désir, rêve, astre et colombe.

Et tous deux glissons sans bruit,

Jour et nuit,

Pour nous aimer davantage,

Dans cet incessant mirage

De l'azur clair et profond

Et de l'onde où se confond

L'étoile avec son image.