En sortant d'une église

By Victor Hugo

Written 1893-01-01 - 1893-01-01

Ce prêtre a dit au peuple :

— Enfants, baissez les Yeux.

Dieu n'est point l'âme vague éparse au fond des cieux.

La nature vous trompe et l'univers vous leurre.

Qui n'est point avec nous à — jamais souffre et pleure.

Ne cherchez jamais Dieu hors du texte divin ! —

Ainsi l'immensité chante un cantique vain !

Quoi donc ! je dois, avant de voir Dieu tel que l'âme

L'aperçoit, flamboyant d'une bonté de flamme,

Avant de l'adorer tel que me le font voir

Toutes les profondeurs de l'aurore et du soir ;

L'étoile dans l'azur, la perle dans la nacre,

Faire rectifier l'Éternel par un diacre !

Il faut sous un missel prosterner notre foi !

L'aube enseigne l'amour et la Bible l'effroi

Le curé crie : enfer ! l'astre crie : espérance !

C'est le curé qu'il faut croire de préférence !

Je dois subordonner, dans mon cœur qui bondit,

Ce que dit l'univers à ce qu'un prêtre dit !

Ce n'est pas l'infini, c'est l'homme qu'il faut suivre.

Quoi ! la création n'est-elle, donc qu'un livre

Dont les religions rédigent l'erratum !

Quoi ! les lys de Sâron, les roses, de Pœstum,

La foudre, le soleil dorant-la solitude,

N'ont pas dans leur lumière autant de certitude

Qu'un symbole en latin ou qu'un dogme en hébreu !

Tout bien considéré, nous destituons Dieu !