Encore le nouvel an

By Lucie Delarue-Mardrus

Written 1920-01-01 - 1920-01-01

Ce visage de tous les jours,

Il n'est plus que de l'invisible.

Est-il possible ! Est-il possible !

Partout je le cherche toujours

Allant te dire : « Bonne année ! »

Au fond de ton jardin des morts,

Oui, malgré cette destinée

Éternelle où, sans fin, tu dors,

Je croyais, marchant dans la rue

Où les gens courent aux cadeaux,

Devant moi te voir, apparue

Avec ton humble petit dos

Je voyais ta capote noire,

Ton manteau, suivre leur chemin.

Tu marchais, douce et sans histoire,

Et ton parapluie à la main

Il y avait un peu de boue,

Il faisait tiède doucement.

Je répétais : « Maman ! Maman ! »

Et des larmes cherchaient ma joue

Il me faut donc dire : « Jadis ! »

Maman si petite et si bonne,

Es-tu morte, es-tu morte, dis,

Que je te porte une couronne ?

Es-tu vraiment ce grand tombeau

Que je viens visiter sans cesse,

Dans ce jardin plein de tristesse,

Hélas ! même quand il fait beau ?

Nous avons dit tant de paroles

Et nous nous connaissions si bien !

Et maintenant plus rien, plus rien

Qu'un peu de vent dans tes corolles

O maman, tombe que voilà,

Pierre froide, silence insigne,

Ne pourrais-tu me faire un signe

Qui me fît croire à l'au-delà ?…