Enfants et vieillards
Written 1871-01-01 - 1871-01-01
Des enfants de quinze ans ! des vieillards de soixante !
Un troupeau voyageur
Marchant à l'abattoir, victime obéissante !…
Est-ce-vrai, Dieu vengeur ?
Puis les femmes, suivant le fils, l'époux, le père,
Sur un sol étranger !
— Hélas ! l'homme parti, la femme désespère !
L'enfant voudrait manger !
Voilà, voilà par qui vos hordes sont accrues.
O bourreaux sans remords !
Princes et rois, voilà les nouvelles recrues
Qui remplacent vos morts !
Ah ! je n'y puis durer ! l'horreur est dans mon âme ;
Ma force me trahit,
Et malgré leur fureur, leur mitraille et leur flamme,
La pitié m'envahit !
Mais, lorsque nos Français vous verront sous vos armes
Si jeunes ou si vieux,
Les fusils tomberont de leurs mains, et les larmes
Jailliront de leurs yeux !
Que voulez-vous ? ils ont ces scrupules infâmes,
Vaincus ou triomphants,
D'épargner les vieillards, de protéger les femmes,
De sauver les enfants !
Ainsi, sans autre but et sans autre espérance,
Vos maîtres obéis.
Pour l'unique plaisir d'assassiner la France,
Dépeuplent leur pays !
Ils veulent que la proie, à leurs pieds abattue,
Expire en frissonnant !…
Ah ! vous le voyez bien qu'il faudra qu'on vous tue,
Même en se détournant !
Il le faudra !… — Mais vous qui faites cette guerre,
Pour en payer le prix,
Rites, est-il assez de haine sur la terre,
De haine et de mépris ?
O Guillaume, ô Bismark, pour conter votre gloire
Aux générations,
Est-il assez d'opprobre at» livre de l'histoire,
Et d'imprécations ?
De palais consumés en vos propres royaumes
Pour nos hameaux détruits ;
De remords pour vos jours, et de pâles fantômes
Pour l'ombre de vos nuits ?
Assez de Némésis, assez de gémonies
Pour votre cruauté ?
Et, pour votre âme, au sein des douleurs infinies,
Assez d'éternité ?…