Entre deux orages

By Victor Laprade

Written 1855-01-01 - 1855-01-01

La trombe éclate, il grêle sur mon champ ;

Adieu mes blés, mes roses que je pleure !

La foudre encor va tomber tout à l’heure ;

Un tourbillon s’amoncelle au couchant.

Dans tout le ciel se heurtent les nuages ;

Celui-là passe, un plus sombre le suit…

Voilà pourtant qu’un peu d’azur nous luit,

Un rayon d’or glisse entre deux orages.

Charmant rayon, tu pourrais décevoir

Un cœur plus neuf et plus ardent à vivre.

Moi, je sais bien que l’éclair va te suivre

Et qu’il pleuvra… peut-être jusqu’au soir.

Oui, je vois trop ce que le sort prépare.

Salut pourtant, sourire mensonger !

Entre deux nuits que ta clarté sépare

Je me réchauffe à ton feu passager.

Sans m’abuser, espoir, plus qu’un vain rêve,

Caresse un peu mes rosiers défleuris ;

Rayon menteur, tu n’es rien qu’une trêve,

Mais je respire, au moins, quand tu souris.

Luis donc, espoir, montre à l’âme une route

Par ce sillon ouvert sur un ciel bleu ;

Mon cœur te doit, dans la nuit de son doute,

Tout ce qu’il sait du bonheur et de Dieu.