Envoi à ***

By Victor Hugo

Written 1835-01-01 - 1835-01-01

La pauvre fleur disait au papillon céleste

— Ne fuis pas !

Vois comme nos destins sont différents. Je reste,

Tu t'en vas !

Pourtant nous nous aimons, nous vivons sans les hommes

Et loin d'eux,

Et nous nous ressemblons, et l'on dit que nous sommes

Fleurs tous deux !

Mais, hélas ! l'air t'emporte et la terre m'enchaîne.

Sort cruel !

Je voudrais embaumer ton vol de mon haleine

Dans le ciel !

Mais non, tu vas trop loin ! — Parmi des fleurs sans nombre

Vous fuyez,

Et moi je reste seule à voir tourner mon ombre

A mes pieds !

Tu fins, puis tu reviens, puis tu t'en vas encore

Luire ailleurs.

Aussi me trouves-tu toujours à chaque aurore

Toute en pleurs !

Oh ! pour que notre amour coule des jours fidèles,

O mon roi,

Prends comme moi racine, ou donne-moi des ailes

Comme à toi !

Roses et papillons, la tombe nous rassemble

Tôt ou tard.

Pourquoi l'attendre, dis ? Veux-tu pas vivre ensemble

Quelque part ?

Quelque part dans les airs, si c'est là que se berce

Ton essor !

Aux champs, si c'est aux champs que ton calice verse

Son trésor !

Où tu voudras ! qu'importe! oui, que tu sois haleine

Ou couleur,

Papillon rayonnant, corolle à demi pleine,

Aile ou fleur !

Vivre ensemble, d'abord ! c'est le bien nécessaire

Et réel.

Après on peut choisir au hasard, ou la terre

Ou le ciel