Épigrammes
Written 1919-01-01 - 1919-01-01
Salut, ô vent du Nord, messager des lointaines landes,
Invisible oiseau dont le vol ébranle la terre et la mer.
Raconte encore à mon cœur les tristes, les vagues légendes
Qu'enfant j'écoutais déjà, frissonnant près du feu, l'hiver.
Au parc déserté j'écoute, et je guette tes pas ; mais rien :
Des enfants qui jouent et quelques vieillards à la marche incertaine.
Tu jaillis, Faustine : l'alarme s'envole et l'ennui, soudain.
Telle à la soif du traitant reluit de loin la fontaine.
Si longtemps souhaiter, cette nuit ma chose, et nue dans mes bras,
Vois-tu le soleil déjà, et l'ennui qui se lèvent ?
O grappe aux grains frais que ma bouche humide rêva,
Souple corps dont mon cœur eut désir, dont mon cœur se soulève.
Des philtres subtils résident au fond de toi ;
Ta voix monotone et rauque est plus fraîche à l'oreille
Qu'un ruisseau d'été qu'on entend à travers le bois ;
Et ta dure mamelle m'enivre, aux coupes pareilles.
Chaque jour je promets de bannir tes yeux, Faustine, et tes lèvres :
Mais la nuit, qui ranime en secret la mémoire des morts,
Sur mon lit suspend ton image et ranime l'antique fièvre.
Dans la nuit du tombeau viendras-tu me hanter encor ?
Voici que l'été se meurt, les feuillages, les âcres cigales ;
Ton amour est plus loin que la lune pleurée des chiens ;
Et, seul, j'écoute les heures meurtrir de leurs plantes égales
Le sol de mon âme hantée, où ton spectre revient.
Pourquoi si plein de langueur, de tristesse et de lassitude ?
On dirait que tu sais tant de choses, ô vent du Nord,
Que nul ne rêva, des secrets de limbe et de solitude :
On dirait que tu vas nous les dire, ô vent du Nord.