Épigrammes

By Paul-Jean Toulet

Written 1919-01-01 - 1919-01-01

Salut, ô vent du Nord, messager des lointaines landes,

Invisible oiseau dont le vol ébranle la terre et la mer.

Raconte encore à mon cœur les tristes, les vagues légendes

Qu'enfant j'écoutais déjà, frissonnant près du feu, l'hiver.

Au parc déserté j'écoute, et je guette tes pas ; mais rien :

Des enfants qui jouent et quelques vieillards à la marche incertaine.

Tu jaillis, Faustine : l'alarme s'envole et l'ennui, soudain.

Telle à la soif du traitant reluit de loin la fontaine.

Si longtemps souhaiter, cette nuit ma chose, et nue dans mes bras,

Vois-tu le soleil déjà, et l'ennui qui se lèvent ?

O grappe aux grains frais que ma bouche humide rêva,

Souple corps dont mon cœur eut désir, dont mon cœur se soulève.

Des philtres subtils résident au fond de toi ;

Ta voix monotone et rauque est plus fraîche à l'oreille

Qu'un ruisseau d'été qu'on entend à travers le bois ;

Et ta dure mamelle m'enivre, aux coupes pareilles.

Chaque jour je promets de bannir tes yeux, Faustine, et tes lèvres :

Mais la nuit, qui ranime en secret la mémoire des morts,

Sur mon lit suspend ton image et ranime l'antique fièvre.

Dans la nuit du tombeau viendras-tu me hanter encor ?

Voici que l'été se meurt, les feuillages, les âcres cigales ;

Ton amour est plus loin que la lune pleurée des chiens ;

Et, seul, j'écoute les heures meurtrir de leurs plantes égales

Le sol de mon âme hantée, où ton spectre revient.

Pourquoi si plein de langueur, de tristesse et de lassitude ?

On dirait que tu sais tant de choses, ô vent du Nord,

Que nul ne rêva, des secrets de limbe et de solitude :

On dirait que tu vas nous les dire, ô vent du Nord.