Épitaphe d’un Médecin.

By Isaac Benserade

Written 1697-01-01 - 1697-01-01

Cy gist, par qui gisent les autres,

Un Médecin des plus sçavans

En l’Art si funeste aux Vivans ;

Disons pour luy des Patenôtres :

S’il en a de tant d’Héritiers

Qu’il fit, ou seulement du tiers,

Il n’aura que faire des nôtres ;

Tels gens en disent volontiers.

À tout âge, à tout sexe, il déclara la guerre,

À force de saignée et d’infecte boisson.

Quelle foule de Morts il a trouvé sous terre,

N’y dût-il rencontrer que ceux de sa façon ?

La santé fuyoit comme un Lièvre,

Et devant luy doubloit le pas ;

Ce n’étoit que par le trépas

Qu’il venoit à bout de la Fièvre.

Plus ennemi du Quinquina

Que d’Auguste ne fut Cinna.

Vray Basilic, qui tuoit d’une œillade,

Des plus beaux jours il trancha le filet ;

Et n’auroit pas épargné son Mulet,

Si son Mulet avoit été malade,

Ou qu’il n’eût pas luy-même été pris au colet.