Épithalame
Written 1658-01-01 - 1694-01-01
Hyménée et l'Amour vont conclure un traité
Qui les doit rendre amis pendant longues années.
Bourbon, jeune divinité,
Conti, jeune héros, joignent leurs destinées.
Condé l'avoit, dit-on, en mourant souhaité.
Ce guerrier, qui transmet à son fils en partage
Son esprit, son grand cœur avec un héritage
Dont la grandeur non plus n'est pas à mépriser,
Contemple avec plaisir de la voûte éthérée
Que ce nœud s'accomplit, que le prince l'agrée,
Que Louis aux Condés ne peut rien refuser.
Hyménée est vêtu de ses plus beaux atours ;
Tout rit autour de lui, tout éclate de joie :
Il descend de l'Olympe environné d'Amours
Dont Conti doit être la proie :
Vénus à Bourbon les envoie.
Ils avoient l'air moins attrayant
Le jour qu'elle sortit de l'onde,
Et rendit surpris notre monde
De voir un peuple si brillant.
Le chœur des Muses se prépare :
On attend de leurs nourrissons
Ce qu'un talent exquis et rare
Fait estimer dans nos chansons.
Apollon y joindra ses sons ;
Lui-même il apporte sa lyre.
Déjà l'amante de Zéphyre,
Et la déesse du matin,
Des dons que le printemps étale,
Commencent à parer la salle
Où se doit faire le festin.
O vous, pour qui les dieux ont des soins si pressants,
Bourbon, aux charmes tout-puissants,
Ainsi qu'à l'âme toute belle,
Conti, par qui sont effacés
Les héros des siècles passés,
Conservez l'un pour l'autre une ardeur mutuelle !
Vous possédez tous deux ce qui plaît plus d'un jour,'
Les grâces et l'esprit, seuls soutiens de. l'amour.
Dans la carrière aux époux assignée,
Prince et princesse, on trouve deux chemins :
L'un de tiédeur, commun chez les humains ;
La passion à l'autre fut donnée.
N'en sortez point ; c'est un état bien doux,
Mais peu durable en notre âme inquiète.
L'amour s'éteint par le bien qu'il souhaite ;
L'amant alors se comporte en époux.
Ne sauroit-on établir le contraire,
Et renverser cette maudite loi ?
Prince et princesse, entreprenez l'affaire ;
Nul n'osera prendre exemple sur moi.
De ce conseil faites expérience ;
Soyez amants fidèles et constants.
S'il faut changer, donnez-vous patience,
Et ne soyez époux qu'à soixante ans.
Vous ne changerez point : écoutez Calliope ;
Elle a pour votre hymen dressé cet horoscope.
Pratiquer tous les agréments
Qui des époux font des amants,
Employer sa grâce ordinaire,
C'est ce que Conti saura faire.
Rendre Conti le plus heureux
Qui soit dans l'empire amoureux,
Trouver cent moyens de lui plaire,
C'est ce que Bourbon saura faire.
Apollon m'apprit l'autre jour
Qu'il naîtrait d'eux un jeune Amour
Plus beau que l'enfant de Cythère,
En un mot semblable à son père.
Former cet enfant sur les traits
Des modèles les plus parfaits,
C'est ce que Bourbon saura faire ;
Mais de nous priver d'un tel bien,
C'est à quoi Bourbon n'entend rien.