Épitre consolante a un cocu
Written 1883-01-01 - 1883-01-01
Consolez-vous, Monsieur Fumet ;
Gens de Robe, Gens à Plumet
Ont un destin pareil au vôtre :
C'est le bon Dieu qui le permet.
Le grand Prophète Mahomet
N'en fut pas plus exempt qu'un autre.
Il prit pour femme Cadigha.
Celle-ci, d'humeur un peu chaude,
Dans son cher époux distingua
Des façons qui sentoient le Claude ;
Lors Dieu sait comme elle intrigua !
Un ribaud plut à la ribaude :
Ce ribaud qui la subjugua
Étoit un gros Prieur de Carmes.
Mahomet le sut, le nargua,
Et prit un croissant pour ses armes.
Bel avis aux gens délicats !
Quand il auroit fait des éclats,
Quand il auroit battu sa femme,
Au jour marqué pour son trépas,
En auroit-il moins rendu l'âme ?
Ce fut, suivant un érudit,
A Médine qu'il la rendit :
En mangeant un gigot maudit,
Il lui prit une sueur froide
Qui le força d'aller au lit.
Au fait : quand on l'ensevelit
On lui trouva le caiche roide
(Caiche est synonyme de vit).
Soudain le bruit s'en répandit.
Sa veuve accourt, elle s'écrie :
« Ah ! certes, j'aurois eu grand tort
» D'avoir passé plus d'une envie
» Avec un Moine, vrai butor,
» Si mon époux qui disoit d'or
» L'avoit porté pendant sa vie
» Comme il le porte après sa mort ! »