Épître cxx

By François-Marie Arouet

Written 1706-01-01 - 1778-01-01

Mon dieu ! Que vos rimes en ine

M'ont fait passer de doux moments !

Je reconnais les agréments

Et la légèreté badine

De tous ces contes amusants

Qui faisaient les doux passe-temps

De ma nièce et de ma voisine.

Je suis sorcier, car je devine

Ce que seront les jeunes gens ;

Et je prévis bien dès ce temps

Que votre muse libertine

Serait philosophe à trente ans :

Alcibiade en son printemps

Était Socrate à la sourdine.

Plus je relis et j'examine

Vos vers sensés et très-plaisants,

Plus j'y trouve un fond de doctrine

Tout propre à messieurs les savants,

Non pas à messieurs les pédants

De qui la science chagrine

Est l'éteignoir des sentiments.

Adieu, réunissez longtemps

La gaîté, la grâce si fine

De vos folâtres enjouements,

Avec ces grands traits de bon sens

Dont la clarté nous illumine.

Je ne crains point qu'une coquine

Vous fasse oublier les absents :

C'est pourquoi je me détermine

À vous ennuyer de mes ents,

Entrelacés avec des ine.