Épître cxxii

By François-Marie Arouet

Written 1706-01-01 - 1778-01-01

Prince, dont le charmant esprit

Avec tant de grâce m'attire,

Si j'étais mort, comme on l'a dit,

N'auriez-vous pas eu le crédit

De m'arracher du sombre empire ?

Car je sais très-bien qu'il suffit

De quelques sons de votre lyre.

C'est ainsi qu'Orphée en usait

Dans l'antiquité révérée ;

Et c'est une chose avérée

Que plus d'un mort ressuscitait.

Croyez que dans votre gazette,

Lorsqu'on parlait de mon trépas,

Ce n'était pas chose indiscrète ;

Ces messieurs ne se trompaient pas.

En effet, qu'est-ce que la vie ?

C'est un jour : tel est son destin.

Qu'importe qu'elle soit finie

Vers le soir ou vers le matin ?