Épître ii

By François-Marie Arouet

Written 1706-01-01 - 1778-01-01

La Fayette et Segrais, couple sublime et tendre,

Le modèle, avant vous, de nos galants écrits,

Des champs élysiens, sur les ailes des Ris,

Vinrent depuis peu dans Paris :

D'où ne viendrait-on pas, Sapho, pour vous entendre ?

À vos genoux tous deux humiliés,

Tous deux vaincus, et pourtant pleins de joie,

Ils mirent leur Zaïde aux pieds

De la comtesse de Savoie.

Ils avaient bien raison : quel dieu, charmant auteur,

Quel dieu vous a donné ce langage enchanteur,

La force et la délicatesse,

La simplicité, la noblesse,

Que Fénelon seul avait joint ;

Ce naturel aisé dont l'art n'approche point ?

Sapho, qui ne croirait que l'amour vous inspire ?

Mais vous vous contentez de vanter son empire ;

De Mendoce amoureux vous peignez le beau feu,

Et la vertueuse faiblesse

D'une maîtresse

Qui lui fait, en fuyant, un si charmant aveu.

Ah ! Pouvez-vous donner ces leçons de tendresse,

Vous qui les pratiquez si peu ?

C'est ainsi que Marot, sur sa lyre incrédule,

Du dieu qu'il méconnut prôna la sainteté :

Vous avez pour l'amour aussi peu de scrupule ;

Vous ne le servez point, et vous l'avez chanté.

Adieu ; malgré mes épilogues,

Puissiez-vous pourtant, tous les ans,

Me lire deux ou trois romans,

Et taxer quatre synagogues !