Épître lxxiv

By François-Marie Arouet

Written 1706-01-01 - 1778-01-01

Dans vos projets étudiés

Joignant la force et l'artifice,

Vous devenez donc un Ulysse,

D'un Achille que vous étiez.

Les intérêts de deux couronnes

Sont soutenus par vos exploits,

Et des fiers tyrans du génois

On vous a vu prendre à la fois

Et les postes et les personnes.

L'ennemi, par vous déposté,

Admire votre habileté.

En pareil cas, quelque Voiture

Vous dirait qu'on vous vit toujours

Auprès de Mars et des amours

Dans la plus brillante posture.

Ainsi jadis on s'exprimait

Dans la naissante académie

Que votre grand-oncle formait ;

Mais la vieille dame, endormie

Dans le sein d'un triste repos,

Semble renoncer aux bons mots,

Et peut-être même au génie.

Mais quand vous viendrez à Paris,

Après plus d'un beau poste pris,

Il faudra bien qu'on vous harangue

Au nom du corps des beaux esprits,

Et des maîtres de notre langue.

Revenez bientôt essuyer

Ces fadeurs qu'on nomme éloquence,

Et donnez-moi la préférence

Quand il faudra vous ennuyer.