Épître lxxx

By François-Marie Arouet

Written 1706-01-01 - 1778-01-01

Vos jeunes mains cueillent des fleurs

Dont je n'ai plus que les épines ;

Vous dormez dessous les courtines

Et des grâces et des neuf sœurs :

Je leur fais encor quelques mines,

Mais vous possédez leurs faveurs.

Tout s'éteint, tout s'use, tout passe :

Je m'affaiblis, et vous croissez ;

Mais je descendrai du Parnasse

Content, si vous m'y remplacez.

Je jouis peu, mais j'aime encore ;

Je verrai du moins vos amours :

Le crépuscule de mes jours

S'embellira de votre aurore.

Je dirai : je fus comme vous ;

C'est beaucoup me vanter peut-être ;

Mais je ne serai point jaloux :

Le plaisir permet-il de l'être ?