Éros

By Anna Noailles

Written 1924-01-01 - 1924-01-01

— Les volets, les rideaux, les portes

Ont protégé notre bonheur ;

Mais, ô mon amie, ô ma morte,

Toi qui meurs, qui vis et remeurs,

En ce moment où monte à peine

Ta lasse respiration,

Que fais-tu de ta passion ?

Quel est ton plaisir ou ta peine ?

— Ne demande rien, mon amour ;

Ne bouge pas, reste en ta place ;

Que ta suave odeur tenace

M’ombrage de son net contour.

Je ne pense à rien, je suis telle

Que quelque mourante immortelle

Qui sent en son cœur tournoyerQui sent en son cœur tournoyer

Les flèches qui l’ont abattue,

Et sans pouvoir tuer la tuent.

— Dans cette ivresse de souffrir

Avec complaisance, ô prodige !

J’observe aux confins du vertige

La stupeur de ne pas mourir…