Espérance

By Théodore Banville

Written 1871-01-01 - 1871-01-01

Cher être pour qui nuit et jour

Frémit notre âme révoltée,

Patrie, ô notre seul amour,

O ma patrie ensanglantée !

O toi, pour qui sur les sommets

S'envole à Dieu notre prière,

On te croyait morte à jamais :

Non, tu te relèves, guerrière !

Tes bras affaiblis et mourants

Se sont roidis, tout noirs de poudre ;

L'éclair de tes yeux fulgurants

Lutte avec l'éclair de la foudre,

Et tu viens, avec tes canons,

Dans la grande plaine enflammée,

Criant à l'ennemi tes noms,

O République ! France armée !

Tu marches par les champs fumants,

Au cri de tes musiques fières,

Ici fauchant les régiments,

Et là franchissant les rivières !

Et tes généraux, qui vers toi

Tournent leur front docile et tendre,

Levant leur glaive sans effroi,

Disent à la mort : Viens nous prendre !

Et tout change enfin, et je vois,

Aux pâles hordes échappées,

Les Victoires, comme autrefois,

Suivre le vent de leurs épées ;

Et le ciel lui-même a souri

Dans la nue, et je vois, ô France !

Flotter devant ton front chéri

Le voile bleu de l'Espérance !