Espoir

By Henri Régnier

Written 1897-01-01 - 1897-01-01

Va ! quelle que soit l’eau où ta bouche s’abreuve,

Onde verte du lac ou flot jaune du fleuve,

Pour ta soif du matin ou pour ta soif du soir,

Bois-y toujours, Enfant audacieux, l’Espoir !

Car la Fortune songe en tes yeux d’ambre et d’or,

Le Bonheur, dans la grotte fraîche où l’ombre dort,

Prend volontiers, selon le désir qui l’assaille,

Tour à tour la figure indolente ou la taille

D’une femme couchée ou d’un homme debout ;

La Tristesse aux yeux creux et la Joie aux yeux doux

Pleure d’être joyeuse ou sourit d’être triste ;

L’instant s’esquive et part ; l’heure nargue et résiste ;

Saisis l’heure aux cheveux et l’instant à la nuque !

Du roseau qui se rompt naît une double flûte ;

Les fruits sont mûrs au bout des branches qui se tordent,

Et l’antre furieux qui bâille et semble mordre

Peut-être cache en lui la fontaine et l’écho ;

L’ombre de la colombe à terre est un corbeau,

Celle du cygne blanc figure un cygne noir ;

La fêlure qui raie un cristal de miroir

Est ride à qui s’y voit et plaie à qui s’y penche ;

Mais de la nuit d’airain surgit l’aurore blanche.

Espère ! Le Bonheur feint de n’être pas lui,

Hier qui pleurait encor va sourire aujourd’hui,

Et sur le piédestal du tombeau taciturne

Une rose renaît à la fente de l’urne.

Va ! quelle que soit l’eau où ta bouche s’abreuve,

Onde verte du lac ou flot jaune du fleuve,

Pour ta soif du matin ou pour ta soif du soir,

Bois-y toujours, Enfant audacieux, l’Espoir !

Car la Fortune songe en tes yeux d’ambre et d’or,

Le Bonheur, dans la grotte fraîche où l’ombre dort,

Prend volontiers, selon le désir qui l’assaille,

Tour à tour la figure indolente ou la taille

D’une femme couchée ou d’un homme debout ;

La Tristesse aux yeux creux et la Joie aux yeux doux

Pleure d’être joyeuse ou sourit d’être triste ;

L’instant s’esquive et part ; l’heure nargue et résiste ;

Saisis l’heure aux cheveux et l’instant à la nuque !

Du roseau qui se rompt naît une double flûte ;

Les fruits sont mûrs au bout des branches qui se tordent,

Et l’antre furieux qui bâille et semble mordre

Peut-être cache en lui la fontaine et l’écho ;

L’ombre de la colombe à terre est un corbeau,

Celle du cygne blanc figure un cygne noir ;

La fêlure qui raie un cristal de miroir

Est ride à qui s’y voit et plaie à qui s’y penche ;

Mais de la nuit d’airain surgit l’aurore blanche.

Espère ! Le Bonheur feint de n’être pas lui,

Hier qui pleurait encor va sourire aujourd’hui,

Et sur le piédestal du tombeau taciturne

Une rose renaît à la fente de l’urne.