Éternités

By Lucie Delarue-Mardrus

Written 1920-01-01 - 1920-01-01

De même qu'on se couche, au soir,

Pour gésir au fond des ténèbres,

De même on s'en va, dans le noir

De la mort, ranger ses vertèbres

Sommeil, ô ténèbre, ô néant !

La mort n'est-elle pas pareille ?

Mais au matin l'on se réveille

Bavard, lucide et remuant

Veille et sommeil font la balance.

Sort-on aussi du dernier lit

Après avoir dormi, d'oubli,

L'équivalent d'une existence ?

Donc, aïeuls et petits-enfants

Se repasseraient la même âme.

Vous seriez, tombeaux étouffants,

Futur homme ou future femme

Que le germe des lendemains,

La descendance l'ait en elle !

C'est l'éternité des humains,

Non l'éternité personnelle

Si quelque nièce que voilà

Doit remettre au monde ma mère

Que m'importe, orpheline amère,

Que m'importe cet au-delà ?