Eucharis
Written 1896-01-01 - 1896-01-01
Mille petites filles,
Mille petits garçons ;
Beaucoup de mousseline,
Beaucoup de drap d'Elbeuf.
Des glands d'argent qui pendent
Sous les sacs à mouchoirs ;
Et des franges dorées,
Aux brassards des gamins.
Et les cierges de cire
Historiée, avec
Le manche en velours rouge,
Bordé d'effilé d'or.
Des figures pâlottes
De se trouver à jeun ;
Des anges qui n'éprouvent
Qu'un grand mal d'estomac.
Monsieur le Curé même
Qui, pour les honorer,
Dit la messe en chasuble
De Poussielgue ou Biais,
A l'autel faux-gothique,
Dont le faux byzantin
Reluit de fausses pierres,
En toute vérité.
Les dames en toilette,
Et le vieux général
Dont la poitrine flambe
De décorations.
Tout le monde l'admire ;
Lui, modestement fier,
Pense un peu tout de même
Honorer Jéhovah.
« Seigneur, qui donc est digne,
De vous avoir en soi ?
Dites une parole ,
Les cœurs seront guéris. »
Les lèvres sont ouvertes,
Les regards sont levés ;
Mais les enfants s'étonnent
De n'avoir rien senti.
Puis c'est le tour des mères,
En chapeaux violets,
Relevant leurs voilettes
Et qui comprennent mieux.
La cérémonie faite ,
Chacun s'en fut luncher ;
Les unes en calèche,
D'autres en omnibus.
Les riches qui retrouvent,
Au salon de maman,
Une table couverte
De cent cadeaux bénits :
Trente fois la Journée
Et l'Imitation ;
Et toujours une montre ;
Les pauvrettes n'ont rien.
Mais elles sont contentes
De promener leur blanc
Sur les impériales
Et sur les boulevards.
Et ce clair qui circule,
Tout le jour, sur Paris,
A l'âme de la rue
Rend un peu de candeur.
Mille petites filles,
Mille petits garçons ;
Beaucoup de mousseline,
Beaucoup de drap d'Elbeuf.
Des glands d'argent qui pendent
Sous les sacs à mouchoirs ;
Et des franges dorées,
Aux brassards des gamins.
Et les cierges de cire
Historiée, avec
Le manche en velours rouge,
Bordé d'effilé d'or.
Des figures pâlottes
De se trouver à jeun ;
Des anges qui n'éprouvent
Qu'un grand mal d'estomac.
Monsieur le Curé même
Qui, pour les honorer,
Dit la messe en chasuble
De Poussielgue ou Biais,
A l'autel faux-gothique,
Dont le faux byzantin
Reluit de fausses pierres,
En toute vérité.
Les dames en toilette,
Et le vieux général
Dont la poitrine flambe
De décorations.
Tout le monde l'admire ;
Lui, modestement fier,
Pense un peu tout de même
Honorer Jéhovah.
« Seigneur, qui donc est digne,
De vous avoir en soi ?
Dites une parole ,
Les cœurs seront guéris. »
Les lèvres sont ouvertes,
Les regards sont levés ;
Mais les enfants s'étonnent
De n'avoir rien senti.
Puis c'est le tour des mères,
En chapeaux violets,
Relevant leurs voilettes
Et qui comprennent mieux.
La cérémonie faite ,
Chacun s'en fut luncher ;
Les unes en calèche,
D'autres en omnibus.
Les riches qui retrouvent,
Au salon de maman,
Une table couverte
De cent cadeaux bénits :
Trente fois la Journée
Et l'Imitation ;
Et toujours une montre ;
Les pauvrettes n'ont rien.
Mais elles sont contentes
De promener leur blanc
Sur les impériales
Et sur les boulevards.
Et ce clair qui circule,
Tout le jour, sur Paris,
A l'âme de la rue
Rend un peu de candeur.