Éventails
Written 1881-01-01 - 1898-01-01
Aile quels paradis élire
Si je cesse ou me prolonge au
Toucher de votre pur délire
Madame Madier de Montjau.
Jadis frôlant avec émoi
Ton dos de licorne ou de fée,
Aile ancienne, donne-moi
L'horizon dans une bouffée.
Simple, tendre, aux prés se mêlant,
Ce que tout buisson a de laine
Quand a passé le troupeau blanc
Semble l'âme de Madeleine.
Toujours ce sceptre où vous êtes
Bal, théâtre, hier, demain
Donne le signal de fêtes
Sur un vœu de votre main.
Autour du marbre le lys croît —
Brise, ne commence par taire,
Fière et blanche son regard droit,
Nelly pareille à ce parterre.
Là-bas de quelque vaste aurore
Pour que son vol revienne vers
Ta petite main qui s'ignore
J'ai marqué cette aile d'un vers.
Comme la lune l'en prie
Un blanc nuage pour cold
Cream étend la rêverie
De Mademoiselle Hérold.
Ce peu d'aile assez pour proscrire
Le souci nuée ou tabac
Amène contre mon sourire
Quelque vers tu de Rodenbach.
A ce papier fol et sa
Morose littérature
Pardonne s'il caressa
Ton front vierge de rature.
Avec la brise de cette aile
Madame Dinah Seignobos
Peut, très-clémente, y pense-t-elle
Effacer tous nos vains bobos.
Bel éventail que je mets en émoi
De mon séjour chez une blonde fée
Avec cette aile ouverte amène-moi
Quelque éternelle et rieuse bouffée.
Aile que du papier reploie
Bats toute si t'initia
Naguère à l'orage et la joie
De son piano Missia.
O Japonaise narquoise
Cache parmi ce lever
De lune or ou bleu turquoise
Ton rire qui sait rêver.
Spirituellement au fin
Fond du ciel avec des mains fermes
Prise par Madame Dauphin
Aile du Temps tu te refermes.
Palpite,
Aile,
mais n'arrête
Sa voix que pour brillamment
La ramener sur la tête
Et le sein
en diamant.
Aile, mieux que sa main, abrite
Du soleil ou du haie amer
Le visage de Marguerite
Ponsot, qui regarde la mer.
Fermé, je suis le sceptre aux doigts
Et, contente de cet empire,
Ne m'ouvrez, aile, si je dois
Dissimuler votre sourire.