Éventails

By Stéphane Mallarmé

Written 1881-01-01 - 1898-01-01

Aile quels paradis élire

Si je cesse ou me prolonge au

Toucher de votre pur délire

Madame Madier de Montjau.

Jadis frôlant avec émoi

Ton dos de licorne ou de fée,

Aile ancienne, donne-moi

L'horizon dans une bouffée.

Simple, tendre, aux prés se mêlant,

Ce que tout buisson a de laine

Quand a passé le troupeau blanc

Semble l'âme de Madeleine.

Toujours ce sceptre où vous êtes

Bal, théâtre, hier, demain

Donne le signal de fêtes

Sur un vœu de votre main.

Autour du marbre le lys croît —

Brise, ne commence par taire,

Fière et blanche son regard droit,

Nelly pareille à ce parterre.

Là-bas de quelque vaste aurore

Pour que son vol revienne vers

Ta petite main qui s'ignore

J'ai marqué cette aile d'un vers.

Comme la lune l'en prie

Un blanc nuage pour cold

Cream étend la rêverie

De Mademoiselle Hérold.

Ce peu d'aile assez pour proscrire

Le souci nuée ou tabac

Amène contre mon sourire

Quelque vers tu de Rodenbach.

A ce papier fol et sa

Morose littérature

Pardonne s'il caressa

Ton front vierge de rature.

Avec la brise de cette aile

Madame Dinah Seignobos

Peut, très-clémente, y pense-t-elle

Effacer tous nos vains bobos.

Bel éventail que je mets en émoi

De mon séjour chez une blonde fée

Avec cette aile ouverte amène-moi

Quelque éternelle et rieuse bouffée.

Aile que du papier reploie

Bats toute si t'initia

Naguère à l'orage et la joie

De son piano Missia.

O Japonaise narquoise

Cache parmi ce lever

De lune or ou bleu turquoise

Ton rire qui sait rêver.

Spirituellement au fin

Fond du ciel avec des mains fermes

Prise par Madame Dauphin

Aile du Temps tu te refermes.

Palpite,

Aile,

mais n'arrête

Sa voix que pour brillamment

La ramener sur la tête

Et le sein

en diamant.

Aile, mieux que sa main, abrite

Du soleil ou du haie amer

Le visage de Marguerite

Ponsot, qui regarde la mer.

Fermé, je suis le sceptre aux doigts

Et, contente de cet empire,

Ne m'ouvrez, aile, si je dois

Dissimuler votre sourire.