Évocations

By Maurice Rollinat

Written 1899-01-01 - 1899-01-01

Je vis un gros corbeau, déployant son orgueil,

Qui jouait de la griffe et claquetait des ailes

À terre, avec un bruit de lugubres crécelles.

Et je me dis : « C'est le grand deuil ! »

Un peu plus loin, je vis, m'épiant d'un coup d'œil,

Une pie occupée à s'aiguiser le bec,

Puis, allant et venant, d'un sautillement sec.

Je me dis : « C'est le demi-deuil ! »

Enfin, d'une couleur plus pâle que les cierges,

Surgit, me sembla-t-il, le prince des hiboux.

Et je dis : « Ce deuil-là, le plus triste de tous,

C'est le deuil pur et blanc des Vierges ! »

Ces trois rencontres successives,

M'arrivant par un soir d'hiver,

Laissaient en cet endroit désert

Ma vue et mon âme pensives,

Lorsqu'à petits vols grelottants,

M'apparut un pinson cherchant sa nourriture :

Et, joyeux, je songeai que, bientôt, le printemps

Ressusciterait la nature.