Exorde

By Henri Régnier

Written 1897-01-01 - 1897-01-01

Que le vent de la Mer, ô Voyageuse, torde

Ta chevelure, moi, sur la grève j’accorde

La voix de ma mémoire à ce qui songe en elle ;

C’est l’absence aujourd’hui qui t’a faite éternelle,

Douce Ombre que je vois assise sur le sable,

Pour toujours, souriante à l’heure impérissable ;

Et je te chanterai en face de la Mer,

En mon âme, d’un chant à jamais grave et clair,

En souvenir des pierres vives du collier,

Et, note à note, tu les verras scintiller :

Le rubis qui s’embrase à la topaze chaude

Ou, aigre dans sa fièvre verte, l’émeraude,

Le diamant et, grasse, l’opale qui tremble,

Car, pasteur curieux des sons qui leur ressemblent,

Mystérieusement, dans l’ombre, je dédie

Les sept trous de ma flûte à tes sept pierreries !