F° 168-169
By Victor Hugo
Written 1902-01-01 - 1902-01-01
L'une est la. fantaisie et l'autre est la pensée.L'une est la. fantaisie et l'autre est la pensée.
Deux déesses. Deux sœurs : L'une rit, l'autre songe.Deux déesses. Deux sœurs : L'une rit, l'autre songe.
Leurs bouches
Charmantes toutes deux et toutes deux farouches.
Elles aimentElles aiment
Les lacs virgiliens, les antres frais, l'asile
Où rit le vieux Silène, où dort le beau Mnasyle,
L'air qui toujours se plaint, l'eau qui gémit toujours,
Et les vastes rameaux des bois profonds et sourds.
... mêlent leur doux visage
Aux projets de l'enfant, aux chimères du sage ;
Et la nuit, quand il dort, viennent, chaste faveur,
Baiser le large front du poète rêveur.
Toutes deux vont glanant sur terre et dans les cieux.
Toutes deux d'ornements divins et gracieux
Aiment à rehausser la gaze de leurs voiles ;
Mais l'une y met des fleurs et l'autre des étoiles.
Elles mènent et emportent à travers l'espaceElles mènent et emportent à travers l'espace
comme des oiseaux étrangescomme des oiseaux étranges
Les hippogriffes bleus, les Pégases dorés,
Tous ces chevaux divins, frissonnants, effarés,
Qui, fils des anciens luths et des lyres nouvelles,
Sur les parnasses verts ouvrent leurs grandes ailes.
Où le ciel disparaît dans les branches jalouses,
Voit leurs pieds nus empreints au velours des pelouses.
Oh ! les chastes beautés ! oh ! les pudiques sœurs !
Comme elles vont des prés foulant les épaisseurs !
Comme elles ont l'amour de la nature ! et comme,
Déesses qu'elles sont, elles méprisent l'homme !
Ce sont elles pourtant, ces vierges aux fronts purs,
Que deux magiciens font vivre dans nos murs
Et que montrent aux yeux de la foule accourue
Molière sur'la scène et Pradier dans la rue !