F° 193

By Victor Hugo

Written 1902-01-01 - 1902-01-01

Empereur, César, Roi, notre maître est superbe.

Il ajoute des morts aux fleurs qui sont dans l'herbe.

Que c'est beau, ton monceau de cadavres. Ô gloire !

Les rois, quand il leur plaît qu'une plaine soit noire,

Changent leur pourpre énorme en un vaste linceul.

César est fort, César est grand, César est seul.

Il règne ; et le soleil semble son crépuscule.

Tous les monts redoutés, Caucase, Janicule,

L'Olympe éblouissant, le Sina ténébreux

Tremblent qu'un jour son pied ne se pose sur eux.

ces mondes

Dont l'échevèlement d'un astre est l'éclaireur

Bénis César vainqueur, Baal, Jésus ; Hercule,

Jupiter, Jéhovah, Moloch, Allah, Mithra !

La lune cette nuit, pâle, contemplera

Comme un amas confus d'obscures rêveries

La sombre immensité des bois et des prairies.

Les vautours accourront joyeux de toutes parts,

Et les morts regardant les cieux seront épars.

Car au noir genre humain il faut un conquérant,

César guide à travers la nuit le monde errant,

Et la terre a besoin du flamboiement des glaives ;

Elle ressemble aux cieux entrevus dans les rêves

Dont l'échevèlement d'un astre est l'éclaireur.