F° 71-72
By Victor Hugo
Written 1902-01-01 - 1902-01-01
Elle me dit : Veux-tu que j'ôte ma chemise ?
Et je lui dis : Jamais la femme n'est mieux mise
Que toute nue. Ô jours du printemps passager !
On commence par rire, on finit par songer.
Joie ! Astarté sans masque ! extase ! Isis sans voile !
Avez-vous vu parfois se lever une étoile ?
Ce fut superbe. ‒ Eh bien, dit-elle, me voici.
Et devant Adonis Vénus était ainsi ;
Et c'est ainsi qu'Aglaure apparut comme, un rêve
A Socrate, et qu'Adam a pu contempler Ève.
Et je m'agenouillai devant elle, ébloui.
Tout sur terre est refus ; la nudité, c'est Oui,
C'est la voluptueuse et sombre hardiesse
De la femme osant être effrontément déesse ;
C'est un tel idéal mêlé d'un tel réel
Que l'âme voit l'Éden, et le préfère au ciel !
Car, dit l'âme, ce sein, ce bras rond, ce pied leste,
Ce cou blanc, ce flanc pur, ce n'est donc pas céleste ?
C'est de la cendre. Eh bien, j'aime la cendre, moi !
Et je ne restai pas à genoux. Lutte, effroi,
Pleurs, sourires, extase, et qu'avez-vous à dire ?
Est-ce qu'au fond de l'ombre une invisible lyre
Ne, chante pas le chant que nul n'écoute en vain ?
Êtes-vous donc exempts du passage divin
Des nuages en fuite au-dessus de vos têtes ?
Comment donc ferait-on pour s'excepter des fêtes
Que l'été donne à tous les êtres à la fois ?
Est-ce qu'on n'entend pas des flûtes dans les bois ?
Tous les souffles, du vent sont des rêves ; l'aurore
Là-haut sur la colline est une voix sonore ;
Les nids sont doux, il est des fleurs dans les vallons,
L'eau coule, et savons-nous jamais où nous allons ?