Fabliau

By Louis Dantin

Written 1932-01-01 - 1932-01-01

L'autre jour, dans le parc insigne

Que j'ai près de Kor-el-Fantin,

J'errais sous la palme et la vigne

Moites des perles du matin.

Croyant ma paresse isolée,

Je flânais sans hâte et sans but ;

Soudain, au détour d'une allée

Un couple étrange m'apparut.

C'était une très jeune fille

Au regard rieur et taquin,

Penchée au long de la charmille

Avec une paille à la main.

L'autre était un escargot morne

Qui de son heaume ténébreux,

Faisait saillir sa double corne

En un effort aventureux.

La larve étirait ses antennes

Comme après un pesant sommeil,

Vers les atmosphères lointaines,

Vers l'inconnu, vers le soleil.

À tâtons, d'aurore grisée,

Folle d'un espoir glorieux,

Elle aspirait à la rosée

Et scrutait l'infini des cieux.

Elle allait aimer, être libre !…

Mais le petit monstre têtu,

L'enfant, sans broncher d'une fibre,

La piquait avec son fétu.

Et la malheureuse limace,

Étreinte d'un effroi subit,

Rentrait vite en sa carapace

Et se renfrognait dans sa nuit.

Moi, je songeais sous la tonnelle

Que, par votre dédain moqueur,

Ainsi vous avez fait, cruelle,

Se recroqueviller mon coeur.