Fantôme

By Lucie Delarue-Mardrus

Written 1920-01-01 - 1920-01-01

On dit : « Je crois toujours la voir ! »

On dit : « Je ne la sens pas morte ! »

Au fond de son être on la porte,

Tendrement, du matin au soir

Est-ce que, vraiment, une mère

Peut quitter son enfant ainsi ?

Le tombeau ne nous fait pas taire

Pour nous, elle est toujours ici

Vous tous qui les pleurez, les vôtres,

Désolés indéfiniment,

Jeunes et vieux, vous tous, les autres

Qui dites comme moi : « Maman »,

Comme moi songez-y : mensonge !

Oui, je la rappelle tout bas,

Celle qu'on ne remplace pas,

Et le chagrin latent me ronge,

Mais il le sait si bien, mon cœur,

Qu'elle est morte, morte, bien morte.

Que si maman ouvrait la porte,

Hélas ! je hurlerais de peur !