Femmes

By Théodore Banville

Written 1884-01-01 - 1884-01-01

On voit une Exposition,

Dans le Palais de l'Industrie,

Faite, sans opposition,

Par la Grâce, de lys pétrie.

Oui, Velasquez et Murillos

Déroulant de savantes gammes,

Ce sont, en somme, des tableaux

Peints uniquement par des femmes.

O femmes, lumière et parfum !

Cette théorie est bien fausse

De vous restreindre à connaître un

Pourpoint d'avec un haut-de-chausse.

Chastes abeilles de l'Hybla,

Purs fronts d'or couronnés de lierre,

Rassurez-vous ; sur ce point-là

Je ne suis pas avec Molière.

Que rien ne vous puisse être ôté,

Sœurs d'Agnès et d'Iphigénie !

Vous aviez à vous la beauté :

Mais prenez encor le génie.

Rêvez sur les coteaux penchants

Et parmi l'ombre des ravines ;

Ayez la couleur et les chants,

Afin d'être toutes divines.

Ah ! comme un gémissant écho,

Que dans la plainte de Valmore

Revive celle de Sappho !

Pleurez sous le vert sycomore !

Les fleurs humides sous le ciel,

Que peint Madeleine Lemaire,

Avec leur fier éclat réel

Nous charment plus que la chimère.

Madame Estelle Bergerat,

Cette très belle entre les belles,

Pour que l'Océan l'adorât,

A su peindre les flots rebelles ;

Et je ne trouve point amer,

Bien que ce soit une redite,

Qu'elle s'empare de la mer,

Comme la déesse Aphrodite.