Fête de Village
Written 1874-01-01 - 1874-01-01
OUI, c’est encor Paris avec ses gais dimanches,
Quand de la ville aux bois volent les robes blanches !
Ah ! combien vont chercher l’ombre de la foret
Qui pourtant trahira leur joie ! On murmurait :
« L’orage a dispersé la danse,
Mais l’amour a moins de prudence,
Et nous voilà demeurés seuls
À l’abri de ces hauts tilleuls.
« Causons de nos amours, ma chère,
Et laissons gronder le tonnerre.
« Qu’en valsant, ce voile de soie
Flotte avec grâce et se déploie !
N’est-ce pas ? ces jeux sont bien doux :
Mais ici pourquoi tremblez-vous ?
« Causons de nos amours, ma chère.
Et laissons gronder le tonnerre.
« Que votre taille avec souplesse
Se livre au danseur qui la presse !
Que vos pas sont légers et mous !
Mais ici pourquoi tremblez-vous ?
« Causons de nos amours, ma chère,
Et laissons gronder le tonnerre.
« Lorsque votre main dégantée
Sur la mienne s’est arrêtée,
Qu’il faisait beau voir les jaloux !
Mais ici pourquoi tremblez-vous ?
« Causons de nos amours, ma chère,
Et laissons gronder le tonnerre.
« Causons ! mais déjà dans l’espace
Le tonnerre s’éloigne et passe,
Et des danseurs jeunes et fous
Les regards se tournent vers nous.
« Allons à leurs plaisirs, ma chère.
Et laissons passer le tonnerre… »
Le bal recommença. Mais sur les verts gazons
D’autres, aux bruits lointains des joyeuses chansons,
S’en allaient devisant, troupe calme et choisie,
Sur l’art, sur la science et sur la poésie.