Fête d'une ville de flandre

By Marceline Desbordes-Valmore

Written 1843-01-01 - 1843-01-01

C'est demain qu'une ville aimée,

Aimante et joyeuse, et charmée,

Tout en fête s'éveillera ;

C'est demain que fifres et danse,

Parcourant le sol en cadence,

Riront au peuple, qui rira !

De fleurs et de chants couronnée,

Levez-vous donc, belle journée,

Pour bénir mon premier séjour :

Que dans vos heures sans alarme,

Il ne tombe pas une larme

Sur la Flandre, ma sainte amour !

Que nul serpent n'y souille l'herbe ;

Que l'humble épi s'y lève en gerbe ;

Comme on le voyait au vieux temps ;

Que les chaînes en soient bannies,

Que les mères y soient bénies ;

Que les pauvres y soient contens !

Répondez, cloches bondissantes,

Aux fanfares retentissantes,

Chantant gloire et patrie en chœur

Promenez vos belles volées,

Et de vos hymnes redoublées,

De ma Flandre égayez le cœur !

Ainsi que les ondes accrues ;

Enfans qui remplissez les rues,

N'est-ce pas que c'est doux à voir ?

Ouvrez vos yeux et vos oreilles,

Du jour contemplez les merveilles,

Pour nous les raconter le soir.

Entrez, hameau, bourg et village :

Par ces grands tableaux du vieil âge,

Vous le voyez, ô bonnes gens,

Si notre Philippe est encore

Couronné d'un nom qu'on adore,

C'est qu'il aimait les indigens !

Mais d'où vient que mon âme pleure

Sur le clocher où chante l'heure,

Et sonne aux autres un beau jour ?

Non, dans ses fêtes sans alarme,

Qu'il ne tombe pas une larme

Sur la Flandre, ma sainte amour !

Mon père a chanté dans l'espace ;

Où son ombre a passé, je passe,

Comme lui priant et chantant :

L'orgue ainsi lève sa prière,

Attendrissant la nef entière ;

L'orgue est triste ; il chante pourtant !