Fête nostalgique
By Gaston Heux
Written 1924-01-01 - 1924-01-01
Au cœur stérile de la vasque,
Merveille d'un clos écarté,
Un grand lys d'onde et de clarté
Improvise son jet fantasque
Tandis qu'il hausse par les airs
Sa transparence essentielle,
Tant de ciel s'éparpille en elle
Qu'on s'en explique les éclairs !
Le vent mouillé qui l'évapore
Répand son bruit comme un parfum
Et dispersant un vague embrun,
Prodigue ce pollen sonore.
La grâce aride du jardin
S'humecte à sa poussière osée ;
Cœurs secrets sevrés de rosée,
Les fleurs s'y fécondent soudain…
Toute sveltesse s'en inspire…
Tout élan refait son essor.
Et l'enchantement du décor
Se glisse en riant dans son rire.
—Ah ! jet d'eau de trouble conseil
Qui me veux épars dans ta joie,
Quelqu'un déjà danse et tournoie
Dans ton mirage de soleil…
Prompte et nerveuse court la sphère
Tendue à ta cime ou plongeant,
Court la cible de faux argent
Qu'un plomb fatal prouve de verre.
Et l'esprit qu'un charme abusa,
Rentré dans sa mélancolie,
Entoure de fous sa folie
Et fait signe à Gastibelza !
Je revis ton sens nostalgique
Au faîte d'un rêve trop beau,
Où mon être, — pour quel jet d'eau ?
Figure la cible tragique…
Ainsi dans l'oubli de son sort,
(Des yeux vides béant sur elle)
Ma chair dans mon âme immortelle
Tente l'adresse de la Mort !
Au parc intime dont les roses
Effeuillent, autour d'un bassin,
Leurs grâces de fleurs sur les poses
Qu'exaspère un Triton d'airain,
Mon rêve attardé se parfume,
Au bord d'un océan de fleurs
Qui, comme un gouffre son écume,
Lui jette l'embrun des senteurs…
C'est un parc autour de mes doutes,
Un clos d'amour et de soleil
Où mon cœur, pourtant aux écoutes,
Se refuse au tendre conseil…
Oui ! feuilles de l'arbre sonore,
Dont tant de sens charge le bruit,
Vous qui redites dans l'aurore
Tant d'aveux appris de la nuit,
Une secrète et chaste idylle
Entre des fantômes d'amants,
Échange, grave et puérile,
L'éternité dans leurs serments.
Et vos baisers, je le soupçonne,
Lèvres d'or prêtes à pâmer,
O feuilles au seuil de l'automne,
M'intiment des ordres d'aimer !
Mais, trahi des roses mortelles,
J'en ai retrouvé dans la Chair…
L'Esprit seul, au fond des prunelles
A mes sens, depuis, restait cher
Déjà la terre nostalgique
Ne fêtait plus que d'autres yeux…
Le soir, à l'horizon tragique,
Me désabuse encor des cieux :…
Un long effeuillement de flammes,
Dans le jardin du pur Été,
Prédit l'effeuillement des âmes
A qui leur crut l'Éternité !