Fêtes et anniversaires

By Stéphane Mallarmé

Written 1881-01-01 - 1898-01-01

Cette fleur ! il t'est permis

Quand, massepain ou mauviette

Tu dévores ton salmis

De te mirer en l'assiette.

Avec les fleurs et les joncs

De la rivière tarie

Indigemment nous songeons

Toute à te fêter, Marie.

En Willy sourit sa maman —

Autour de la nappe fleurie

Fêtons avec ce gentleman

Une heureuse Sainte-Marie.

Samois jubile comme Honfleur

L'une à l'autre Marie envoie

Avec la même absente fleur

Un souvenir tendre de joie.

Ces roses, muettes pour dire

Notre absence, elles du moins

A lui pareilles sont témoins

De votre conjugal sourire.

J'offre en une humble rime écrite

A Madame Ponsot, Honfleur

Son nom de reine-Marguerite

Elle-même restant la fleur.

Avec ceux des fillettes veuille

Notre joyeux souhait d'un saut

Choir, écume aussi qui s'effeuille

Aux pieds de Madame Ponsot.

Qu'elle range, sourie ou rie

Voilà bien Madame Ponsot

Appelée aujourd'hui Marie

— Une rose sous un gâteau.

On fêterait jusqu'à cent

Ans, selon le même rite

Lui riant ou l'embrassant

Notre chère Marguerite.

Que le bon feuillage abrite

En lui tendant une fleur

Notre chère Marguerite

Toute seule près d'Honfleur.

Tout comme notre sentiment

La même fleur jamais fanée

Madame Ponsot,

gentiment

Renaît pour vous avec l'année.

Toi les merles, moi la mouette,

Sans ces oiseaux correspondons

Aujourd'hui que je ne souhaite

Rien à qui détient tous les dons.

Voici la date, tends un coin

De ta fraîche bouche étonnée

Où la nature prend le soin

De te rajeunir d'une année.

Un an de moins, mignonne, est traître

Au retour de chaque printemps,

Tu finiras par disparaître ;

Il faut t'arrêter à vingt ans.

Tu choisis ton temps pour renaître !

Tout, de la fleur ivre et debout

Jusqu'au rayon de la fenêtre,

Sourit, et tu fais comme tout.

Avril qui rouvre les Talus

Même avec ses grêlons n'empêche

De fleurir la pomme ou la pêche

Et toi-même une fois de plus.

A qui par un regard charmant

Même eût-elle les lèvres closes

Jette à l'entour le diamant

On ne peut donner que des roses.

Août la dore et la duvette

Faut-il, ô dents, que vous n'alliez

Savoureuse, odorante, prête

Mordre la pêche aux espaliers !

Plus rapide à tire d'aile

Que lui de prendre le train

Un heureux baiser fidèle

Devancera mon quatrain.

Voici la fleur que j'ai prise à

La main fidèle d'Élisa

Accorde sa mandoline

Pour fêter Sainte-Pauline.

Sans autre souhait de perruche

Tiens, pour ta fête cette ruche