Fille

By Edmond Haraucourt

Written 1885-01-01 - 1885-01-01

La vierge, ignorant tout, même sa pureté,

Couvrait le monde entier d’une tendresse blanche ;

Ses jours, comme des nids sous l’ombre d’une branche,

Chantaient dans leur tranquille et naïve bonté.

Qui l’a prise ? Qui l’a flétrie un soir d’été ?

Car la moisson d’amour frissonne sous sa hanche,

Et son front virginal, désolément, se penche

Vers ses flancs violés par la maternité.

Le rire des passants lascifs la crucifie :

Voilà qu’elle a compris et lu toute la vie

Dans le regard du monde hypocrite et moqueur.

Personne, ici, qui lui pardonne ou qui la venge !

Alors, froide, et buvant ses dégoûts à plein cœur,

Majestueusement, elle entra dans la fange.