Flammes

By Pierre Quillard

Written 1897-01-01 - 1897-01-01

Parmi les âcres fleurs des lauriers, cette voix

Évocatrice en nous de gloire révolue

Émanait de la mer, du soir et d'autrefois :

«Enfants tristes, penchés vers l'ombre, l'ombre afflue

Et monte jusqu'à vos lèvres avec les flots

Dont vous enivriez votre âme irrésolue.

La séculaire nuit opprime vos yeux clos,

Enfants tristes, et vos poitrines lacérées

Se gonflent lâchement de stériles sanglots.

Si votre bouche a soif des aubes empourprées

Et du sang lumineux qui sacre le matin

Quel sortilège encor vous attrait aux vesprées ?

D'un geste, dans la nuit, décisif et hautain,

Reniez le poison des ondes léthéennes

Et marchez sans retour vers un autre destin.»

Frénétiques, hors des ténèbres anciennes

Nous avons fait jaillir dans le ciel morne et noir

Une farouche aurore à la cime des chênes,

Et dociles au cri de désir et d'espoir,

Nous respirons les roses rouges de la joie,

Depuis que déjouant les embûches du soir

La torche avec l'épée à notre poing flamboie.