Fond de jardin

By Henri Régnier

Written 1902-01-01 - 1902-01-01

Le noir lierre aux douces roses enlacé

Décore le portique et son treillage vert,

Et l'on voit s'entr'ouvrir le pétale de chair

Près du feuillage en cœur qui vers lui s'est glissé ;

Une amoureuse odeur de soir et de passé

Se mêle au dur parfum terrestrement amer ;

La fleur de sang sourit à la feuille de fer,

Car de leur double poids son orgueil s'est lassé.

Un bassin, à l'écart, où rôde, ombre d'or grave,

Un cyprin, ça et là, qu'une herbe glauque entrave,

S'engourdit, et sa moire à jamais léthargique

Mire un dauphin de saxe arqué sur son piédouche

Et, seule, la plus haute au faîte du portique,

L'image, inverse en l'eau, d'une rose à sa bouche.