Fragment d’un conte

By Sébastien-Roch-Nicolas Chamfort

Written 1851-01-01 - 1851-01-01

Vous croyez tous que, brodant quelquefois

Nouvelle en vers, ou conte, ou comédie,

J’aime à surprendre ou sottise, ou folie,

Et suis charmé de tout ce que je vois ;

Que quand Églé, qui veut être à la mode,

Suit à la piste un fat suivant la cour,

Donne une scène, ou fait quelque bon tour,

Qui peut m’offrir un plaisant épisode ;

J’en fais les feux, et que je ris d’autant.

Non, point du tout ; j’en suis très-mécontent.

Bien il est vrai que l’amour m’intéresse :

J’en suis fâché, mais j’ai cette faiblesse.

Damis s’en moque, et me trouve pédant ;

Cléon me plaint : il fuit le sentiment,

Se croit un sage ; et que s’il a Delphire,

Ne l’aimant point, on n’a rien à lui dire.

Delphire même est fort de cet avis :

C’est sans aimer qu’on trompe les maris.

C’est un grand mal, mais très-grand, que les femmes

Aiment un peu qu’on les ait à son tour ;

Je ne dis mot ; mais, s’il se peut, mesdames,

Dans vos boudoirs daignez placer l’Amour.