Fragment vii
Written 1658-01-01 - 1694-01-01
Les premiers traits du jour sortant du sein de l'onde
Commençoient d'émailler les bords de notre monde ;
Sur le sommet des monts l'ombre s'éclaircissoit ;
Aux portes du matin la clarté paroissoit ;
De sa robe d'hymen l'Aurore étoit vêtue :
Jamais telle à Céphale elle n'est apparue.
Je voyois sur son char éclater les rubis,
Sur son teint le cinabre, et l'or sur ses habits :
D'un vase de vermeil elle épanchoit des roses.D'un vase de vermeil elle épanchoit des roses.
Fontaines, jaillissez ;
Herbe tendre, croissez
Le long de ces rivages ;
Venez, petits oiseaux,
Accorder vos ramages
Au doux bruit de leurs eaux.
Vous vous levez trop tard ;
L'Aurore est sur son char,
Et s'en vient voir ma belle :
Oiseaux, chantez pour moi ;
Le dieu d'amour m'appelle,
Je ne sais pas pourquoi.
Ces lèvres où les cieux ont mis tant de merveilles
Auroient pu m'excuser ;
Et tout autre que moi, les voyant si vermeilles,
Eût voulu les baiser.
Pour voir de ce bel œil briller toutes les armes,
On l'auroit éveillé.
Je n'ai point cru l'Amour, le Sommeil et vos charmes,
Qui me l'ont conseillé.
Pourquoi donc voulez-vous m'ôter votre présence ?
Attendez un moment ;
Car enfin je prétends mériter récompense,
Et non pas châtiment.
Que je sache du moins quelle heureuse aventure
Vous amène en ces lieux :
L'art y brille partout ; cependant la nature
Est plus belle en vos yeux.
Flore, au prix des appas de vos lèvres écloses,
N'a rien que de commun :
Telle n'est la beauté ni la fraîcheur des roses,
Ni même leur parfum.
Le soleil peint les fleurs, en la saison nouvelle,
De traits moins éclatants ;
Et votre bouche, Aminte, efface la plus belle
Des filles du printemps.
Mais n'avez-vous point vu dans Vaux une merveille
Qui fait, ainsi que vous, admirer son pouvoir ?
Si vous ne l'avez vue, Acanthe vous conseille
De ne point partir sans la voir.
Acanthe, voulez-vous que je verse des larmes,
Et soupire à mon tour,
Et, lasse d'être belle, abandonne mes charmes
Aux tourments de l'Amour ?
Il détruit l'embonpoint, et rend la couleur blême ;
Il donne du souci.
J'aime trop mes appas, je m'aime trop moi-même
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