Fragments

By Paul Verlaine

Written 1894-01-01 - 1894-01-01

Dis, sérieusement, lorsque je serai mort,

Plein de toi, sens, esprit, âme et dans la prunelle

Ton image à jamais pour la nuit éternelle ;

Au cœur tout ce passé tendre et farouche, sort

Divin, l'incomparable entre les jouissances

Immenses de ma vie excessive, ô toi, dis,

Pense parfois à moi qui ne pensais jadis

qu'à t'aimer, t'adorer de toutes les puissances

D'un être fait exprès pour toi seule t'aimer,

Toi seule te servir et vivre pour toi seule

Et mourir en toi seule. Et puis quand belle aïeule

Tu penseras à moi, garde-moi d'exhumer

Mes jours de jalousie et mes nuits d'humeur noire :

Plutôt évoque l'abandon entre tes mains

De tout moi, tout au bon présent, au chers demains,

Et qu'une bénédiction de la mémoire

M'absolve et soit mon guide en les sombres chemins.