Galatéa

By Théodore Banville

Written 1884-01-01 - 1884-01-01

Pailleron, ce vrai sage,

Est donc, selon l'ancien

Usage,

Académicien !

Son discours, où tout sonne

Comme l'or, n'a lésé

Personne :

Prodige malaisé !

Chez lui l'esprit abonde,

Et s'il ravit et prit

Le monde

Que charme encor l'esprit,

C'est qu'avec sa folie

Chantant sous le ciel bleu,

Thalie

Est toujours dans son jeu ;

Et tendrement folâtre,

A l'Institut comme au

Théâtre,

La Nymphe au vert rameau,

Légère sur les planches,

Lui sourit avec ses

Dents blanches,

Et le mène au succès.

C'est bien, Académie,

D'avoir en ton giron,

Ma mie,

Accueilli Pailleron ;

Mais plus d'un, à cette heure,

Pour vous brûle d'amour

Et pleure.

Madame, à qui le tour ?

Veuve souvent trompée,

Ne poussez pas à bout

Coppée,

Ni le subtil About.

L'un célèbre (il est nôtre !)

Marguerite au rouet,

Mais l'autre

Est un fils d'Arouet.

Sans qu'on vous morigène,

Si le choix hasardeux

Vous gêne,

Prenez-les tous les deux.

Ah ! cette Académie,

Dans son rêve indolent

Blêmie !

Si l'homme est un volant,

Elle tient la raquette !

Être plus qu'il ne faut

Coquette,

Est son plus cher défaut.

Tenez ! voyez-la ! comme

Elle jette, en riant,

La pomme

A qui va la priant !

Puis, montrant ses épaules,

Vite, elle s'enfuit vers

Les saules,

Ses cheveux de travers.

Pourtant elle a beau geindre !

Si l'adroit amant sait

L'atteindre,

Sans demander qui c'est,

Et l'a prise et meurtrie,

Quoiqu'elle entre en courroux

Et crie :

Pour qui me prenez-vous ?

Elle a beau se défendre

Et conter son roman

Si tendre,

Et s'écrier : Maman !

Si l'amant, toujours ferme

Et sachant tout oser,

Lui ferme

La bouche d'un baiser ;

La jeteuse de pomme

Dit, en ouvrant ses bras :

Cher homme,

Fais ce que tu voudras !