Galimatias pindarique

By François-Marie Arouet

Written 1775-01-01 - 1775-01-01

Sors du tombeau, divin Pindare,

Toi qui célébras autrefois

Les chevaux de quelques bourgeois

Ou de Corinthe ou de Mégare ;

Toi qui possédas le talent

De parler beaucoup sans rien dire ;

Toi qui modulas savamment

Des vers que personne n'entend,

Et qu'il faut toujours qu'on admire.

Mais commence par oublier

Tes petits vainqueurs de l'Élide ;

Prends un sujet moins insipide ;

Viens cueillir un plus beau laurier.

Cesse de vanter la mémoire

Des héros dont le premier soin

Fut de se battre à coups de poing

Devant les juges de la Gloire.

La Gloire habite de nos jours

Dans l'empire d'une amazone ;

Elle la possède, et la donne :

Mars, Thémis, les Jeux, les Amours,

Sont en foule autour de son trône.

Viens chanter cette Thalestris

Qu'irait courtiser Alexandre.

Sur tes pas je voudrais m'y rendre,

Si je n'étais en cheveux gris.

Sans doute, en dirigeant ta course

Vers les sept étoiles de l'Ourse,

Tu verras, dans ton vol divin,

Cette France si renommée

Qui brille encor dans son déclin ;

Car ta muse est accoutumée

A se détourner en chemin.

Tu verras ce peuple volage,

De qui la mode et le langage

Règnent dans vingt climats divers ;

Ainsi que ta brillante Grèce

Par ses arts, par sa politesse,

Servit d'exemple à l'univers.

Mais il est encor des barbares

Jusque dans le sein de Paris ;

Des bourgeois pesants et bizarres,

Insensibles aux bons écrits ;

Des fripons aux regards austères,

Persécuteurs atrabilaires

Des grands talents et des vertus ;

Et, si dans ma patrie ingrate

Tu rencontres quelque Socrate,

Tu trouveras vingt Anitus.

Je m'aperçois que je t'imite.

Je veux aux campagnes du Scythe

Chanter les jeux, chanter les prix

Que la nouvelle Thalestris

Accorde aux talents, au mérite ;

Je veux célébrer la grandeur,

Les généreuses entreprises,

L'esprit, les grâces, le bonheur,

Et j'ai parlé de nos sottises.