Galimatias pindarique
Written 1775-01-01 - 1775-01-01
Sors du tombeau, divin Pindare,
Toi qui célébras autrefois
Les chevaux de quelques bourgeois
Ou de Corinthe ou de Mégare ;
Toi qui possédas le talent
De parler beaucoup sans rien dire ;
Toi qui modulas savamment
Des vers que personne n'entend,
Et qu'il faut toujours qu'on admire.
Mais commence par oublier
Tes petits vainqueurs de l'Élide ;
Prends un sujet moins insipide ;
Viens cueillir un plus beau laurier.
Cesse de vanter la mémoire
Des héros dont le premier soin
Fut de se battre à coups de poing
Devant les juges de la Gloire.
La Gloire habite de nos jours
Dans l'empire d'une amazone ;
Elle la possède, et la donne :
Mars, Thémis, les Jeux, les Amours,
Sont en foule autour de son trône.
Viens chanter cette Thalestris
Qu'irait courtiser Alexandre.
Sur tes pas je voudrais m'y rendre,
Si je n'étais en cheveux gris.
Sans doute, en dirigeant ta course
Vers les sept étoiles de l'Ourse,
Tu verras, dans ton vol divin,
Cette France si renommée
Qui brille encor dans son déclin ;
Car ta muse est accoutumée
A se détourner en chemin.
Tu verras ce peuple volage,
De qui la mode et le langage
Règnent dans vingt climats divers ;
Ainsi que ta brillante Grèce
Par ses arts, par sa politesse,
Servit d'exemple à l'univers.
Mais il est encor des barbares
Jusque dans le sein de Paris ;
Des bourgeois pesants et bizarres,
Insensibles aux bons écrits ;
Des fripons aux regards austères,
Persécuteurs atrabilaires
Des grands talents et des vertus ;
Et, si dans ma patrie ingrate
Tu rencontres quelque Socrate,
Tu trouveras vingt Anitus.
Je m'aperçois que je t'imite.
Je veux aux campagnes du Scythe
Chanter les jeux, chanter les prix
Que la nouvelle Thalestris
Accorde aux talents, au mérite ;
Je veux célébrer la grandeur,
Les généreuses entreprises,
L'esprit, les grâces, le bonheur,
Et j'ai parlé de nos sottises.