Garat à bordeaux

By Marceline Desbordes-Valmore

Written 1830-01-01 - 1830-01-01

« Avec ta gente mie,

Où vas-tu, troubadour ? »

« — Je vais à ma patrie

Demander un beau jour.

Salut, rive enchantée,

Qui vis mes jeunes ans ;

De mon âme agitée

Reconnais les accents.

Jadis ma souveraine

À sa cour m’arrêta ;

Et pour si noble reine

Ton troubadour chanta.

Des belles la plus belle

Tombe en captivité ;

Avais chanté pour elle ;

Perdis ma liberté.

De l’auguste Marie

Déplorai les malheurs,

En ce temps de furie

On punissait les pleurs.

Pour charmer ma misère,

Orgueil du troubadour,

J’ai chanté Bélisaire,

Henri-Quatre et l’Amour.

N’ai sauvé de ma chaîne

Que ma lyre et l’honneur ;

Et l’or, qui tout entraîne,

N’entraîna pas mon cœur.

Pastourelle naïve

Écouta mes leçons ;

Sa voix tendre et plaintive,

Y mêla ses doux sons.

La jeune enchanteresse,

Écolière d’Amour,

Devint dame et maîtresse

Du pauvre troubadour.

Au lieu de ta naissance,

Dit-elle, conduis-moi,

Tu m’appris ta romance,

La chanterai pour toi.

« — Venez donc, gente mie,

Lui dit ton troubadour ;

Allons à ma patrie

Demander un beau jour.

Lyre ! ma douce lyre !

Obéis à mon cœur

Le chant que je soupire

Est le chant du bonheur. »