Hantise

By Gabriel Trarieux

Written 1891-01-01 - 1891-01-01

Roulant ses houles d'or et de pourpre aux grands cieux

Le Soleil, enchanteur de la prunelle obscure,

Rend la grâce et la vie au monde soucieux…

Je songe à ceux dont l'ombre enténèbre les yeux.

Comme une immense fleur éclate la Nature,

Et la douce chaleur, sève errante qui court,

Fait chanter les oiseaux et verdir la verdure…

‒ Je songe aux grelotteux qu'a tués la froidure.

Du matin jusqu'au soir, enlacés tout le jour,

La puissante langueur de nos nuits nous enlise

En un rêve muet, imperturbable et sourd…

‒ Je songe aux cœurs brisés par l'angoisse d'amour.

Sons, parfums, voluptés, couleurs, — tout ce qui grise

Irrésistiblement me fait songer aux Morts,

Aux Morts tristes sur qui pèse la terre grise…

‒ Et leur regard profond me suit, comme un remords.