Héroica

By Lucie Delarue-Mardrus

Written 1901-01-01 - 1901-01-01

O belle ! je voudrais comme quelque Athéné

Te voir surgir du fond de mes rimes guerrières,

Tout l'être d'un atour héroïque adorné.

Car il siérait fort bien à tes grandes manières,

A ce port belliqueux que fuient les nonchaloirs

De vêtir l'appareil des époques premières ;

Car nul chef, redressé pour de rudes vouloirs,

Ne te vaudrait coiffant du casque des batailles

Le casque ténébreux de tes longs cheveux noirs ;

Car ton torse vivrait à l'aise dans les mailles

De la cotte moulant la gloire de tes seins

Parmi le chatoiement poissonneux des écailles ;

Car ton col est de ceux qui pourraient être ceints

Par le quadruple tour des colliers de Palmyre

Que, sans ployer, portait la reine aux grands desseins ;

Car enfin, comme au temps que notre rêve admire,

Au front de quelque horde on te voit aisément

Étinceler ainsi qu'un vivant point de mire.

Ah ! pendant qu'attiré comme par un aimant

Mon regard obstiné te suit et te contemple,

Laisse mon fol esprit s'abuser un moment !

Laisse-moi remplir l'air avec ton appel ample

Menant tes escadrons aux sauvages refrains

Vers la destruction de la ville et du temple ;

Laisse-moi, cependant que se cambrent tes reins

Mêler le cliquetis de tes armes brandies

Au choc des joyaux lourds sortis de tes écrins ;

J'allume tes yeux noirs au feu des incendies,

J'étale la blancheur féroce de tes dents

Dans un rire annonçant de proches tragédies,

je mets derrière toi des horizons ardents,

Devant toi le butin qu'indique ton grand geste

A qui répond le chœur de mille cris stridents,

Pour, parmi ce décor fictif de plaine agreste

Que foulent au galop les pieds des étalons

A la suite desquels nulle moisson ne reste,

Terrible, frémissant de la nuque aux talons,

La poigne exaspérée au manche de l'épée,

La course déployant au vent tes cheveux longs,

Animer de toi seule une immense épopée !