Heures d’hiver

By Émile Verhaeren

Written 1887-01-01 - 1887-01-01

Les molosses d’hiver, le gel, le vent, la neige,

Ô mon vieux cœur de lassitude et de souci,

Ils hurlent à la mort, écoute ! et leur cortège

S’enfuit, avec des pleurs, vers le néant. Voici,

Qu’ils ululent sinistrement et qu’on ulule

Vers eux, parmi les lourds échos du crépuscule,

En réponse, là-bas.

L’horizon ? c’est du sang,

Du pus et de la lèpre et de la pourriture.

Et toi, mon cœur piteux, caduque et vieillissant,

Et toi, mon incurable et nocturne blessure,

Tu sens aussi ces chiens rués, à travers toi.

Oh cet interminable et novembral aboi

Des chiens, des mauvais chiens, hurleurs au clair de lune,

Comme ils geignent ton deuil et combien longuement

Raillent leurs cris, leurs cris de hargue et de rancune,

Tes naufrages d’espoir vers le renoncement.

L’arbre des pleurs, ainsi que les sorbiers d’automne,

S’érige en tes songes et, rouge, les festonne

Et laisse choir ses fruits et ses larmes de soir,

À lente pluie et longue — avec mélancolie !

Les lacs de tes ennuis, où se viennent asseoir,

Pour y mirer les yeux fixes de leur folie,

Et ton vouloir et ton orgueil et ton tourment,

Ainsi que d’immenses linceuils, immensément,

Par les plaines et les plaines se continuent.

Le souvenir en toi déchaîne ses douleurs

Et vous mêlez vos voix que les sanglots obstruent

Mais les échos toujours repoussent ces douleurs

Les voix de ces douleurs et de ces pleurs — ailleurs !