Hidaldo !

By Tristan Corbière

Written 1873-01-01 - 1873-01-01

Ils sont fiers ceux-là !… comme poux sur la gale !

C'est à la don-Juan qu'ils vous font votre malle.

Ils ne sentent pas bon, mais ils fleurent le preux :

Valeureux vauriens, crétins chevalereux !

Prenant sans demander — toujours suant la race, —

Et demandant un sol, — mais toujours pleins de grâce.

Là, j'ai fait le croquis d'un mendiant à cheval :

— Le Cid … un cid par un été de carnaval :

— Je cheminais — à pieds — traînant une compagne ;

Le soleil craquelait la route en blanc-d'Espagne ;

Et le cid fut sur nous en un temps de galop…

Là, me pressant entre le mur et le garrot :

— Ah ! seigneur Cavalier, d'honneur ! sur ma parole !

Je mendie à genoux : un oignon … une obole ?… —

(Et son cheval paissait mon col.) — Pauvre animal,

Il vous aime déjà ! Ne prenez pas à mal…

— Au large ! — Oh ! mais : au moins votre bout de cigare ?…

La Vierge vous le rende. — Allons : au large ! ou : gare !

(Son pied nu prenait ma poche en étrier.)

— Pitié pour un infirme, o seigneur-cavalier…

— Tiens donc un sou… — Senor, que jamais je n'oublie

Votre Grâce ! Pardon, je vous ai retardé…

Senora : Merci, toi ! pour être si jolie…

Ma Jolie, et : Merci pour m'avoir regardé !