Humus collégial

By Robert Montesquiou

Written 1896-01-01 - 1896-01-01

Cette caresse des choses

Qui s'infiltre au cœur par l'œil,

Nuls violets et nuls roses,

Il en faut faire son deuil.

Les Pères ont la peau sale,

Les frères lais sont bien laids,

Et, par le blanc gris des salles,

Nuls roses, nuls violets.

Habitués aux tentures,

Les regards de ces bambins,

Par le nu. des salles dures,

N'ont plus pour leurs yeux nuls bains.

Avec les jupes des mères.

Et les salons du chez soi,

De ces charmantes chimères

S'est évanoui l'émoi.

Qui sait l'alluvion terne

Que, dans ces jeunes esprits,

Dépose un gris de citerne

Substituée aux pourpris ?

Qui sait l'illusion douce

Que noie, en ces frais cerveaux,

La couleur noirâtre et rousse

De ces sinistres cuveaux ?

Qui sait l'aimable influence

Que, sur ces éclosions,

Exerçaient, d'une nuance

Les subtiles lotions ?

Éclosions avilies

Dans le fond de ce puisard,

Qui fleurissaient, si jolies,

Et pourrissent au hasard.

Vainement elles se guindent

Pour boire un trait de soleil ;

Partout les murailles scindent

Le ciel bleu, qui fait vermeil.

Quelquefois, à la chapelle,

Le voile de Maria,

Le feston de Dieu rappelle

Au cher blondin paria

Toutes ces couleurs charmantes

Qui rassuraient ses pensers,

Et qui sont en lui dormantes

Par godets non dépensés ;

Ces gradations exquises

Dont son rêve s'éduquait

Et dont, entre ces banquises,

La tiède chaleur manquait.

Il admire la chasuble

De l'officiant poupin,

Le taffetas dont s'affuble

Le tabernacle du pain ;

Coquette petite armoire

Changeant vingt fois de jupon,

Velours, taffetas ou moire,

Satin, brocart ou crépon.

Cet air moins triste des choses

Unit l'enfant au Saint Lieu,

Et lui fait, par bleus, plus roses,

Supposer qu'il aime Dieu.