Humus collégial
Written 1896-01-01 - 1896-01-01
Cette caresse des choses
Qui s'infiltre au cœur par l'œil,
Nuls violets et nuls roses,
Il en faut faire son deuil.
Les Pères ont la peau sale,
Les frères lais sont bien laids,
Et, par le blanc gris des salles,
Nuls roses, nuls violets.
Habitués aux tentures,
Les regards de ces bambins,
Par le nu. des salles dures,
N'ont plus pour leurs yeux nuls bains.
Avec les jupes des mères.
Et les salons du chez soi,
De ces charmantes chimères
S'est évanoui l'émoi.
Qui sait l'alluvion terne
Que, dans ces jeunes esprits,
Dépose un gris de citerne
Substituée aux pourpris ?
Qui sait l'illusion douce
Que noie, en ces frais cerveaux,
La couleur noirâtre et rousse
De ces sinistres cuveaux ?
Qui sait l'aimable influence
Que, sur ces éclosions,
Exerçaient, d'une nuance
Les subtiles lotions ?
Éclosions avilies
Dans le fond de ce puisard,
Qui fleurissaient, si jolies,
Et pourrissent au hasard.
Vainement elles se guindent
Pour boire un trait de soleil ;
Partout les murailles scindent
Le ciel bleu, qui fait vermeil.
Quelquefois, à la chapelle,
Le voile de Maria,
Le feston de Dieu rappelle
Au cher blondin paria
Toutes ces couleurs charmantes
Qui rassuraient ses pensers,
Et qui sont en lui dormantes
Par godets non dépensés ;
Ces gradations exquises
Dont son rêve s'éduquait
Et dont, entre ces banquises,
La tiède chaleur manquait.
Il admire la chasuble
De l'officiant poupin,
Le taffetas dont s'affuble
Le tabernacle du pain ;
Coquette petite armoire
Changeant vingt fois de jupon,
Velours, taffetas ou moire,
Satin, brocart ou crépon.
Cet air moins triste des choses
Unit l'enfant au Saint Lieu,
Et lui fait, par bleus, plus roses,
Supposer qu'il aime Dieu.