Hymne a la mort
Written 1901-01-01 - 1901-01-01
Toi qui, dans les ébats de la mauvaise joie,
Qui, dans la vanité des vanités, descends
Rôdes, flairant, guettant en silence ta proie,
O toi l'hommage, ô mort ! le salut et l'encens.
Je veux fêter sans fin ton masque épouvantable
Qui sans bouche ricane et sans yeux voit ; tes mains
Si maigres, maniant la faulx inévitable
Dans l'ébaudissement stupide des humains :
Car je t'aime en songeant qu'un jour, bonne passante,
Tu viens nous délivrer de l'ennemi de chair
Qui fait ramper, dans la besogne avilissante
D'exister ici-bas, notre esprit pur et clair ;
En songeant que tu viens l'assassiner, le prendre
au col, ce corps qui tient notre essence en prison,
Et que ta poigne alors l'oblige de s'étendre
Muet enfin, sans phrase et sans bonne raison,
Lui par qui fut notre âme, ainsi qu'un aigle en cage,
Incapable de vol vers le suprême Beau,
La dépouille l'ayant en soi, comme un otage,
Gardé jalousement jusqu'au jour du tombeau.
Viens nous en arracher de cette triste écorce,
Viens libérer le dieu que son étau meurtrit,
Prononcer à jamais le bienheureux divorce
De cet accouplement de matière et d'esprit,
O toi la fiancée éternelle et sans joues,
Toi la promise à tous, l'Amante, qui permets
Que nous sortions enfin de nos infâmes boues,
Et vers la vie, ô mort ! nous portes à jamais !