Hymne de Guerre
Written 1867-01-01 - 1885-01-01
La France au signal des combats,
Tressaille, et relevant la tête,
Comme un noir tourbillon, comme un vent de tempête,
Dans les rangs ennemis va porter le trépas !
Battez, tambours ; sonnez, clairons ;
Voici venir les escadrons
De la France républicaine !
Lorsque le glaive est dans sa main,
Alors qu'elle a brisé sa chaîne,
Qui peut lui barrer le chemin ?
A toi nos cœurs, France chérie !
Mène tes fils à l'immortalité,
Tout notre sang pour la Patrie,
Et pour la liberté !
Toi, qui, sur les deux bords du Rhin,
Élève ta folle superbe ;
Comme le laboureur de son champ fauche l'herbe,
La France va faucher ton orgueil souverain !
La mort moissonne chaque rang,
Et dans le Rhin rouge de sang,
Nous allons laver notre injure !
Tremblant et la pâleur au front,
Chaque ennemi déjà mesure
La place où ses os blanchiront !
Insensés ! vous vous étiez dit :
— « Qui peut résister à nos armes ?
En proie aux factions, au milieu des alarmes,
Par les dissensions la France s'amoindrit. »
La France n'a qu'un seul drapeau !
Vous l'avez vu, sublime et beau,
Jadis affronter vos mitrailles,
Et n'en resta-t-il qu'un lambeau,
Il flottera sur les murailles
De vos fragiles Jéricho !
Que dites-vous ? nos bataillons
Ont fait un effort inutile ?
Un homme tombe ? Eh ! bien, il en surgira mille
Pour venger les héros couchés dans les sillons.
Et même, n'eussions-nous demain
Plus un soldat, troupeau Germain,
Croirais-tu vaincre ? — Non, sans doute ;
Que faudrait-il sur le chemin
Pour te mettre en pleine déroute ?…
Des enfants leur fronde à la main !
A toi nos cœurs, France chérie !
Mène tes fils à l'immortalité.
Tout notre sang pour la Patrie,
Et pour la liberté !