Iième berceuse

By Lucie Delarue-Mardrus

Written 1902-01-01 - 1902-01-01

Étant tout petits nous berçaient nos mères :

Mais nous n'avons plus que nous deux au monde,

Ayant tout quitté pour l'œuvre profonde

D'unir à jamais nos deux âmes claires.

Mais, pour ne pas les sentir orphelines,

Je serai la mère attentive et douce,

Tu seras l'enfant bercé sans secousse

Qui s'endort le soir dans des mains câlines.

Et j'inventerai de tendres paroles,

Au bord de ton lit, dites une à une,

Lorsque le rideau fleurit des corolles

Dont la veilleuse est le lent clair de lune.

Pour que ta nuit, toute, en soit parfumée

Et pour qu'au matin, lorsque tu t'éveilles,

Le dernier discours de ta bien-aimée

Te chantonne encore au creux des oreilles.